Basse à 7 cordes, facture Française fin XVIIè.
Modèle Michel Colichon (à Paris, 1683), table en 5 parties, fond et éclisses en merisier, manche en poirier, construction sans moule. Présentation de Michel Colichon (PDF)
Entièrement inspiré d'une basse de viole parfaitement conservée dans son état d'origine, cet instrument s'inscrit dans une démarche de travail concernant la facture spécifique du luthier Parisien Michel Colichon. J'ai entamé ce travail seulement après avoir vu et analysé des instruments de sa fabrication. En effet, la précédente 7 cordes que j'ai fabriqué était une copie d'une grande basse datant de 1691 (ex-Kessler). Celle-ci, d'un format plus petit, est conservée au Musée de la Musique à Paris. Il subsiste aujourd'hui six basses de violes de Colichon s'étalant sur une période de dix ans (1683 à 1693). Les trois premières, de 1683 à 1688, sont fabriquées sur le même format (entre 668 et 676 m/m de longueur de caisse) et ont la particularité d'être entièrement fabriquées en acajou (hormis le manche). Les trois suivantes, de 1689 à 1693, ont un format plus grand que les précédentes (entre 699 et 708 m/m de longueur de caisse) et les caisses sont maintenant fabriquées à l'aide du couple plus traditionnel épicéa/fruitier. Que peut-on déduire de ces premiers éléments ? Tout d'abord, à mon sens, les légères variations de dimensions des longueurs de caisses au sein des deux groupes sont une preuve irrévocable que Colichon n'utilisait pas de moule (ou forme / interne ou externe) dans son processus de fabrication. Alors qu'un moule fige la longueur de la caisse, la construction sans moule produit naturellement des différences de longueurs de quelques millimètres. De plus, il est très peu probable qu'un luthier du XVIIe ait entreprit la fabrication laborieuse de plusieurs moules afin de faire varier son modèle de quelques millimètre. Je pencherais plutôt vers l'utilisation d'un 'faux-fond' comme il est encore illustré dans l'outillage du luthier de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Le deuxième point sur lequel nous pouvons réfléchir est le choix des bois : trois petites basses en acajou pour la première période puis trois grandes en épicéa/fruitier pour la deuxième période. Certains ont argué que Colichon récupérait simplement son bois d'acajou au port de Paris grâce aux caisses qui servaient pour les produits ou les bois importés. Personnellement, j'opterais plus vers un choix plus conscient de la part de Colichon, un choix acoustique, une démarche raisonnée. En effet, d'autres éléments démontrent l'évolution et la recherche constante dans son travail. Par exemple, tous les joints de la basse de 1683 sont renforcés par de la toile de lin, y compris ceux de la table, alors que celle de 1691 a certains joints renforcés par de la toile de lin alors que d'autres sont renforcés par du parchemin. Cet exemple démontre, à mon avis, une recherche dans son travail et je pense que le choix de l'acajou pour réaliser le corps de ses instruments n'est pas un choix anodin. Je n'ai malheureusement pas encore pu analyser tous les instruments de Colichon et j'espère pouvoir le faire prochainement afin de continuer à approfondir le travail de ce facteur singulier.