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Souhaitant "souffler un petit vent frais sur la colophane mâtinée de poussière de leurs instruments à cordes et sur leur pratique instrumentale", les pupitres des cordes du Concert Spirituel (dirigé par Hervé Niquet) ont récemment expérimenté un montage en boyau nu intégral et en tension égale.
Pour ce projet, nous nous sommes attaché à mettre en pratique les indications d'époques sur le montage des instruments et sur la pratique musicale. On remarquera aisément que les pratiques actuelles en matière de montage peuvent être qualifiées de 'baroque-moderne', les cordes filées sont trop largement adoptées et souvent ne répondent pas aux caractéristiques d'époques. De même, la répartition des tensions de chaque corde est souvent erronée au profit d'une tension décroissante sur les cordes basses.
Les évidences historiques nous prouvent des pratiques fort différentes de celles-ci. Le filetage des cordes, invention consistant à alourdir la masse de la corde à l'aide d'un fil d'argent, remonte au milieu du XVIIe siècle. Il fût lentement adopté pour l'unique corde grave des violoncelles, des altos et des violons. On peut estimer qu'environ un siècle après son invention cette technique était largement adopté. Les trois cordes en boyau nu ont persisté longtemps, nous avons des descriptions de cette pratique jusqu'au XIXe et même au XXe siècle.
L'imaginaire collectif a largement répandu l'idée selon laquelle les violons 'baroques' était sous tendu en comparaison avec le violon moderne. Certaines propriétés, comme le renversement du manche ou les dimensions de la barre d'harmonie ont changées durant l'histoire des instruments du quatuor à cordes et viennent soutenir cette hypothèse de faible tension. Cependant, ces modifications (faible renversement, hauteur de chevalet plus basse, forme de la touche,...) ne signifient pas pour autant moins de tensions dans les cordes ni moins de pression sur la table mais plutôt une répartition des forces agencées différemment. Vers 1734, le violoniste Tartini nous informe que la tension totale du violon est d'environ 30,8Kg alors qu'un jeu de corde moderne a une tension moyenne d'environ 27Kg. De même, de nombreuses sources des XVIIe et XVIIIe siècle décrivent la répartition des tensions sur chaque corde comme étant égale.
Il nous a donc été donné la chance de transformer le montage de dix-huit instruments suivant ces recommandations. Afin de pouvoir accueillir les deux cordes graves qui sont d'un diamètre nettement supérieur aux cordes filées nous avons dû réaliser pour chaque instrument un chevalet, un cordier et un sillet. Le résultat sonore de l'orchestre s'avère extrêmement convaincant. Les voix de dessus sont moins envahissantes, les basses sont solides, les couleurs sont contrastées, les pupitres des cordes sont homogènes et l'orchestre au complet devient cohérent.
Ce projet démontre l'importance du montage sur le résultat sonore de tout un orchestre lorsque tous les instruments suivent une logique commune.
Photos couleur : © Guillaume Martial
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